Marie Marvingt

TOUT LE RESTE


Impossible de raconter "tout le reste." Il y en a vraiment trop. Vous devrez lire la biographie. Ou aller voir le film. (Productrices/producteurs de cinéma? J'ai un scénario palpitant basé sur sa vie.)

En plus de ses activités dans les sports et dans l'aviation, Marie était journaliste, fournissant régulièrement des articles pour bon nombre de journaux français et même britanniques. Elle se spécialisait en amenant le lecteur soit sur la scène des grands événements de son temps soit derrière les scènes pour voir comment on apprenait à skier, à piloter, à construire un avion, à apprécier les beautés de l'Afrique du Nord.

Pendant les deux guerres mondiales, elle a travaillé comme infirmière de la Croix Rouge et assistante en chirurgie. Elle disait souvent, "Ah! ça j'y tiens. C'est ma grande victoire. Soulager la douleur. Soigner, panser les plaies."

Justement, Marie, patriote fervente, a brillé pendant les deux guerres. Dans la première, elle a du se
 déguiser en poilu pour arriver au front et tirer sur l'ennemi ... elle a bombardé une base ennemie, devenant ainsi la première femme bombardière au monde ... elle escaladait les Dolomites pour apporter des provisions et évacuer les blessés ... elle traitait de l'information militaire parce que, comme femme bien connue, elle avait quasiment un passe-partout et il était normal qu'elle visite des aérodromes et des bases. Elle avait aussi des amis haut placés. Pendant la seconde guerre, elle a remis sa coiffe d'infirmière et elle faisait aussi partie aussi de la Résistance. Pour la première guerre elle a mérité la Croix de Guerre 1914-1918, et pour la seconde, la médaille de la Résistance, avec étoile. (Noter qu'elle a passé des années aussi au milieu de la "pacification" de l'Afrique du Nord, où elle avait des tâches semblables, surveillant des champs de guerre en avion, par exemple. C'est là qu'elle avait inventé les skis métalliques.)

Sa plus grande contribution à l'humanité, pourtant, ce fut l'avion ambulance. Comme pilote et infirmière, elle se rendit compte de l'importance de voler au secours des blessés, et de transporter en avion les blessés derrière vers les hôpitaux. L'histoire de son invention et des 40 ans de travail au service de l'aviation sanitaire nécessiterait un livre entier. Elle fut une des premières personnes à comprendre que les avions étaient beaucoup plus qu'un sport (au début, l'aviation étaient toujours présentée dans les journaux sous la rubrique "Sports") et beaucoup plus qu'un moyen de transport. Les avions pouvaient sauver des vies.

Marie Marvingt est la personne (non seulement la femme) la plus décorée au monde. La dernière photographie ci-dessus montre quelques-uns de ses prix et décorations, comme elle les a rangés dans son appartement.

Au moment de sa mort, Jean Nocher diffuse sur son programme "En direct avec vous" l’émission radiophonique suivante:

“Je pose aujourd’hui une devinette à tous les champions de jeux radiophoniques et télévisés, à tous les professeurs d’histoire, et même à tous les maîtres soucieux de donner à la jeunesse les plus grands exemples d’héroïsme contemporain.  La deuxième [sic] aviatrice brevetée du monde, et incontestablement le plus grand pionnier féminin de l’aviation--une Française--vient de mourir dans l’oubli total et dans la misère...après avoir fait l’une des carrières les plus brillantes, les plus exceptionnelles qu’on puisse mettre à l’actif du sexe faible de tous les temps.


“Qui est-ce?  A vous de répondre, vous, mes chers confrères échotiers qui savez tout des dessous de la vie de toutes nos vedettes passagères.  Je vais vous aider: à l’époque où elle était plus célèbre que les cosmonautes actuels, on l’appelait ‘la fiancée du danger’; elle fut en 1910 la première à piloter l’avion le plus périlleux qu’on ait jamais connu et 45 ans après, à 80 ans, en 1955 elle s’initia au pilotage des hélicoptères.  Elle fut, entre ces deux dates, championne d’auto, de yachting, d’athlétisme, d’équitation, d’escrime, notamment de sabre, et resta longtemps détentrice de plusieurs records du monde d’aviation: distance, durée, et acrobaties.  J’ajoute qu’elle était licenciée-ès-lettres, qu’elle parlait sept langues [sic], qu’elle était titulaire de 30 décorations françaises et étrangères, dont la rosette de la Légion d’honneur, la Médaille de l’Aéronautique, et les deux croix de guerre, et qu’enfin, ce fut l’une des oratrices les plus éloquentes que j’aie eu l’honneur de rencontrer au fameux Club du faubourg de Léo Foldès, le créateur du premier journal parlé.  Lui n’oublie pas, ni son public.  Mais je repose la question: qui se souvient, parmi nos grands informateurs? Nos grands historiens?  Nos grands philosophes?  Qui répond, à part, bien entendu, ses compatriotes lorrains qui la connaissent bien, et les infirmières de l’hôpital de Nancy qui ont recueilli dans le plus grand silence, son dernier soupir?  Avouez que c’est intriguant, préoccupant et je dirais même passionnant.


“Je vais vous aider: pendant la guerre de ‘14, alors qu’elle était âgée de 40 ans, elle parvint à s’engager comme soldat de deuxième classe et fit le coup de feu dans les tranchées, en première ligne, au 42e BCP, sous le nom du chasseur Beaulieu, pour combattre en simple fantassin, et parce qu’une conquérante du ciel se devait de s’enterrer dans la boue avec les poilus!  Après la victoire, elle se consacre à l’aviation sanitaire et fit 120.000 km en propagandiste des ailes françaises.  Telle fut la première dame--et la plus grande gloire féminine--de l’aviation mondiale.


“En 1962 vous vous souvenez peut-être avoir entendu, au cours d’une de mes émissions, ‘Au Rendez-Vous des Héros,’ l’appel pathétique qu’elle lançait à la jeunesse française, pour que nos enfants n’abandonnent rien, et qu’ils reprennent le flambeau de tant de brave méconnus.  La RTF lui donna le micro à ce moment-là, parce que nous pressentions qu’on allait l’oublier.  Elle avait alors 87 ans, et une voix merveilleuse, car le courage conserve.  Je répète: qui est-ce?  Y aura-t-il un jeune Français sur 10.000 pour me donner son nom?  Faites l’expérience à votre tour. Posez la question autour de vous. C’est un jeu cruel, mais combien révélateur de la culture d’aujourd’hui.


“Eh bien, elle s’appelait Marie Marvingt.  M.A.R.V.I.N.G.T. et ne trouvez-vous pas inadmissible qu’on laisse se perdre dans le silence de l’ingratitude ce souvenir d’une héroïne qui honora tant la Femme et sa Patrie?  Alors, je propose que quelques villes en France donnent son nom à une rue, fut-ce une toute petite rue, comme celles qu’on a modestement baptisées des grands noms de Fonck ou de Saint-Exupéry.  Bien sûr, je n’irai pas jusqu’à demander qu’on débaptise à Paris la place Stalingrad, comme on l’a fait en Russie.  Il paraît que ça coûte trop cher. Mais l’oubli des grands exemples ne coûte-t-il pas plus cher encore?”


Cette frappante émission a dû tomber dans le néant. Car vingt ans plus tard, quand l’Est Républicain marque l’anniversaire de la mort de Marie Marvingt, “une des femmes les plus étonnantes de son siècle” dont les “prouesses donnent le vertige,” il est toujours vrai que pas une rue de Lorraine, pas une place ne porte son nom. Un autre article du même journal quatre ans plus tard fait référence à son “purgatoire de l’oubli pendant près de vingt ans.” Le défi de Jean Nocher n’a été aucunement relevé.


​Aujourd'hui, Marie Marvingt reprend sa  légende. Son nom se trouve sur des écoles, bâtiments, résidences, rues, plaques, honneurs, clubs d'aviation, et même sur un timbre-poste français. Elle a été nommée à l'élite de l'International Women's Sports Hall of Fame. 
La Comité Internationale Marie Marvingt, fondée par Marcel Cordier (qui a fait plus que personne en France pour rétablir la vie étonnante de Marie Marvingt) cherche à remettre le renom dont Marie jouait autrefois ...